
C’est quoi la véritable générosité ?
« Pour la plupart des gens, la générosité consiste seulement à donner. Mais recevoir est aussi un acte d'amour. Permettre à l'autre de nous rendre heureux, cela le rendra heureux aussi. » Paulo Coehlo
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La plupart d’entre nous associent la générosité au fait de donner : son temps, son énergie, son argent, son écoute, un cadeau ou un repas. Pourtant, une autre dimension est souvent négligée : celle de savoir recevoir.
En accueillant simplement ce que l’autre nous offre, nous lui permettons d’exprimer sa joie, son affection et sa bienveillance. La véritable générosité ne se limite donc pas à un geste tourné vers l’extérieur : elle s’incarne aussi dans notre capacité à recevoir avec gratitude, sans culpabilité ni besoin de compenser.
Donner et recevoir sont deux pôles d’un même mouvement, deux forces complémentaires. Lorsque l’un manque, la relation perd de sa richesse. Lorsque les deux s’équilibrent, elle devient pleine et vivante.
Une anecdote : pourquoi recevoir et parfois plus difficile que donner
Un jour, nous étions invités à dîner chez des amis. Ils nous offraient le repas, et chacun apportait apéritifs et boissons. Comme souvent, nous avions un peu trop prévu. Nos hôtes, n’ayant pas la place de stocker toutes ces provisions, nous ont suppliés de repartir avec une partie.
J’ai accepté, et après avoir pris deux cornets de chips, j’ai dit merci. J’ai savouré aussi le délicieux repas qu’ils avaient préparé avec soin et les ai remercié de leur accueil. Mais d’autres convives se sont sentis gênés. Ils ont proposé de payer le repas — partant du postulat que nos hôtes avaient moins de moyens qu'eux — ou d’offrir un cadeau pour compenser. Les hôtes ont refusé catégoriquement, rappelant que leur invitation était un don gratuit.
Cette scène illustre bien le paradoxe : accepter de recevoir est parfois plus difficile que donner. Et pourtant, recevoir avec simplicité, c’est aussi honorer la générosité de l’autre.
Donner sans savoir recevoir : un déséquilibre invisible dans nos relations
Dans mon entourage, j’ai plusieurs personnes qui incarnent une générosité sans faille. Elles donnent beaucoup, spontanément, avec une vraie abondance de cœur. Mais quand il s’agit de recevoir, les choses se compliquent :
- La première a peur d’être redevable. Elle compense aussitôt ce qu’elle a reçu, car recevoir la met dans une position d’infériorité.
- La deuxième refuse de se sentir dominée ou dépendante. Pour elle, le don peut être un acte de pouvoir. Elle rend immédiatement pour rééquilibrer la relation.
- La troisième a une faible estime d’elle-même et peine à accueillir des gestes d’amour ou d’attention. Elle pense ne pas mériter qu’on lui offre quelque chose sans contrepartie.
- La quatrième a intégré l’idée que « tout don appelle un retour ». Dans son éducation ou sa culture, recevoir sans rendre équivaut à manquer de respect.
Quelle que soit la raison, le déséquilibre apparaît : si recevoir devient inconfortable, le don ne trouve pas pleinement son espace. Celui qui donne se sent empêché dans son élan, voire rejeté. Or, refuser ou minimiser un don, c’est aussi manquer de respect à la personne qui nous offre quelque chose.
Avoir peur d’être redevable : quand recevoir devient une dette
Il y a souvent une logique de dette, consciente ou non, derrière l’acceptation d’un cadeau, d’un service ou d’une attention. Recevoir déclenche parfois une gêne : l’impression d’entrer dans une logique de dette, comme si accepter nous plaçait dans une position de faiblesse.
Résultat : on compense, on refuse, on minimise.
Derrière ce refus de recevoir se cache souvent la crainte qu’un jour, l’autre réclame en retour ou utilise ce don comme moyen de pression. La relation se marque du sceau de la méfiance. Recevoir devient alors insécurisant, presque piégeux.
Mais en refusant ou en compensant immédiatement, on ferme aussi la porte à un véritable échange basé sur la confiance et la gratuité.
Recevoir, une vulnérabilité que certains refusent
Ne rien devoir à personne, c’est garder l’illusion d’une indépendance totale. Recevoir, c’est admettre qu’on a parfois besoin de l’autre — et cela peut heurter l’ego.
Recevoir, c’est accepter d’être touché, de montrer qu’on a un besoin, une émotion, une faille. Et pour certains, cette vulnérabilité est trop inconfortable. En donnant à leur tour, ils reprennent le contrôle et se protègent de ce sentiment d’exposition.
Se sentir indigne : le sentiment de ne pas mériter
Recevoir ne signifie pas seulement accepter un objet ou un service : c’est aussi accueillir l’intention d’amour ou d’attention qui l’accompagne. Lorsque l’estime de soi est fragile, ce geste peut sembler injustifié.
La personne pense :
- « Je ne vaux pas ce qu’on m’offre. »
- « Je ne mérite pas autant d’attention. »
- « Les autres sont plus importants que moi. »
Quand un cadeau, un geste bienveillant ou un compliment lui est adressée, elle peut se sentir mal à l’aise, voire coupable, au lieu de savourer, elle minimise, justifie, détourne.
Souvent, ce comportement trouve son origine dans l’enfance. Quand l’amour reçu n’était jamais gratuit, ou lorsqu’il fallait « mériter » l’attention, on grandit avec l’idée que rien ne s’obtient sans effort ni perfection.
L’impact de l’éducation et de la culture sur notre façon de recevoir
Ils modèlent notre rapport au don et au recevoir :
- Le don comme transaction : « Tu dois rendre la pareille » : on apprend que recevoir implique forcément de donner. Résultat, adulte, on se sent mal à l’aise de recevoir sans compenser.
- La valorisation du sacrifice : « Donne sans compter », « Pense aux autres avant toi »… Recevoir devient alors synonyme d’égoïsme, voire de l’ingratitude.
- Le poids de la politesse : l’art de dire merci, d’arriver avec un cadeau… est précieux, mais parfois vécu comme une obligation rigide.
- Les héritages religieux ou spirituels : selon les traditions, donner peut être un devoir sacré ou une énergie collective, et pour d’autres, au contraire, recevoir peut être perçu comme honorer le don divin.
- Les croyances comme « Tu dois travailler dur », « Il faut se débrouille seul », rendent plus difficile l’acception de recevoir.
Les conséquences d’un déséquilibre entre donner et recevoir
Quand la circulation du don est bloquée, les liens s’appauvrissent :
- Celui qui donne peut se sentir rejeté, inutile ou incompris si son geste est refusé ou minimisé. Cela peut créer une distance émotionnelle.
- Celui qui reçoit, prisonnier de sa gêne, n’éprouve pas la joie simple d’accueillir et se prive d’une expérience nourrissante.
La relation devient inégale : l’un reste toujours dans la posture du « fort qui donne », l’autre dans celle du « faible qui refuse ou compense ». À long terme, cela peut générer de la frustration, de l’amertume ou de la lassitude. Celui qui voulait donner avec joie peut finir par ne plus proposer.
Une relation équilibrée repose sur une circulation fluide : donner nourrit, recevoir enrichit, et l’un ne va pas sans l’autre.
Recevoir, c’est honorer le don et la générosité de l’autre
Recevoir, ce n’est pas être redevable ni se sentir inférieur. C’est offrir à l’autre la joie d’avoir pu donner. Un simple « merci », sincère et chaleureux, vaut parfois mille contre-dons.
- Quand je respecte mes besoins, je respecte aussi ceux des autres.
- Quand j’accueille un don avec gratitude, j’honore le besoin de l’autre de donner.
La véritable générosité, c’est cet équilibre subtil : donner avec le cœur, recevoir avec simplicité.
Comment apprendre à mieux recevoir ?
Changer sa posture face au don est un apprentissage progressif :
- Prendre conscience de ses mécanismes : repérer ses réflexes : « Je rends tout de suite », « Je minimise », « Je refuse ». « je ne veux pas être redevable ». Mettre des mots dessus, c’est déjà commencer à les désamorcer.
- Questionner ces croyances héritées : « Suis-je égoïste ? D’où cette croyance me vient-elle ? »
- Accepter que recevoir n’est pas une dette : recevoir n'oblige pas à rendre, c'est un lien qui se crée.
- Passer de la peur à la confiance : remplacer la méfiance par une nouvelle croyance : « Le geste de l’autre peut être gratuit ». « Je peux faire confiance à son intention ».
- Réhabiliter la vulnérabilité : accepter de se sentir touché. Recevoir n’est pas faiblesse, c’est humanité. C’est aussi ce qui rend une relation vraie et profonde.
- Pratiquer l’accueil simple : s’exercer au quotidien à recevoir sans compenser : un compliment, une aide, un sourire. Répondre par un simple « merci », sans justification.
- Renforcer l’estime de soi : travailler sur la conviction : « Je mérite de recevoir, simplement parce que j’existe. » Répéter un mantra : « Je mérite d’être aimé·e pour ce que je suis, pas pour ce que je fais. »
- Se rappeler que recevoir, c’est aussi donner : en accueillant avec gratitude, on offre à l’autre le bonheur de voir son geste reconnu. Recevoir devient alors un cadeau en soi.
Conclusion : la véritable générosité, un équilibre entre donner et recevoir
La générosité n’est pas une compétition de dons, mais une danse relationnelle. Elle circule librement quand donner et recevoir s’équilibrent dans la confiance et la gratitude.
Apprendre à recevoir n'est pas une trahison à son éducation : c’est l’enrichir d’une nouvelle dimension - c’est transformer la logique de la dette en logique de la gratitude.
La véritable générosité, c’est un cercle vivant de respect et de joie, où donner et recevoir se répondent dans un même élan d’humanité.
En apprenant à recevoir avec simplicité, nous offrons à l’autre un cadeau précieux : la joie de nous avoir comblés.
✨ Je suis Nathalie Marmier : consultante, formatrice, coach, auteure et entrepreneure.
J’accompagne les entrepreneur·es à structurer, développer et réussir leur business, ainsi que les professionnels qui souhaitent évoluer, se réorienter ou retrouver du sens dans leur travail.
J’anime des ateliers en ligne et en présentiel, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Mes thématiques de prédilection : le respect, l’écoute active, l’affirmation de soi, la gestion du stress, la gestion de carrière et la gestion d’entreprise.